Présidentielle en Autriche : le candidat nationaliste battu de peu

Aujourd’hui, les Autrichiens ont rejeté le candidat de l’extreme-droite à l’election présidentielle.

SN/MARCO RIEBLER
Alexandre Van der Bellen, heureux candidat à l’élection présidentielle. SN/MARCO RIEBLER

Si cette victoire inespérée est un soulagement pour beaucoup, il ne faut pas croire que le populisme est écarté. Cette élection marque un tournant dans l’histoire de l’Europe, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les partis traditionnels ont été balayés dès le premier tour. Le duel final opposait extrême droite et les écologistes. Norbert Hofer, le candidat nationaliste était même considéré comme le favoris de cette election.

Il me semble que ce qui se passe en ce moment en Autriche est symptomatique de l’Etat européen global. Dans tous les pays d’Europe, la menace populiste et extrémiste gagne du terrain. Les partis d’extreme droite utilisent les peurs et les ressentiment issus des enjeux internationaux pour arriver à leur fin, c’est-à-dire accéder au pouvoir.

Je vais essayer de dresser un tableau clair et complet de l’Autriche au lendemain des élections.

 La lente agonie des partis traditionnels

La première leçon de ces élections, c’est l’impossibilité, pour les partis traditionnels, c’est-à-dire socio-démocrates et conservateurs, d’offrir une réponse aux inquiétudes des citoyens. Le SPÖ (parti socialiste autrichien) n’arrive qu’a 10%, et l’ÖVP (parti populaire autrichien) à 16,8% au premier tour. La coalition gouvernementale n’a pas su convaincre les électeurs. La crise est telle que le chancelier Faymann, socialiste, a démissionné entre les deux tours.

Il est vrai que le gouvernement s’est trouvé à devoir gérer la crise des migrants. On sait que l’Autriche est un point de passage obligé pour les réfugiés qui souhaitent atteindre l’Allemagne. L’Autriche a accueilli 90.000 migrants en 2015[1], soit plus de 1% de sa population, selon le ministre des affaires étrangères. La méfiance naturelle des Autrichiens pour tout ce qui viens de l’extérieur a été amplifiée et utilisée par le FPÖ tout au long de cette campagne.

L’emploi est également une préoccupation importante des citoyens autrichiens[2]. Vu de France ou d’Europe du sud, la situation parait très bonne (plus de 5% de chômeurs), mais il faut comprendre que le pays n’est pas habitué à de tels taux. Si bien que les candidats à l’élection n’hésitent pas à parler de « chômage débordant », de « taux de chômage élevé ». A l’échelle européenne, l’emploi marque bien un facteur de protestation contre les gouvernements socialistes ou conservateurs.

Partout en Europe, on assiste aux mêmes événement : les partis traditionnels sont à bout de souffle. Ils sont débordés à droite par le populisme nationaliste, et à gauche par divers groupements : les écologistes européens en Autriche, l’extrême gauche « moderne » en Espagne et en Grèce, etc. Les causes sont multiples et il faudrait s’y intéresser plus en détail.

Le problème, c’est que ces nouvelles formations, qui prennent la place des partis modérés, sont souvent anti-européens. Certains, il est vrai, souhaitent seulement une réorientation des traités, ce qui est légitime. C’est le cas de Syriza en Grèce, par exemple. Mais souvent c’est l’extrême droite anti-européenne qui profite le plus de ce bousculement politique. Ainsi, lorsque le Front National accumule les victoires locales, nationales, européennes, c’est l’union tout entière qui en sort perdante.

La division territoriale et idéologique du pays.

Lorsque l’on se penche sur la carte de l’Autriche au lendemain des élections, on constate un clivage certain entre les citoyens. Si l’on se porte sur des données démographique, la division est plus marquée encore. Je vous renvoie à cet excellent article du Monde qui résume parfaitement la situation.

Clairement, les ouvriers, les peu qualifiés, les ruraux, ont voté plus favorablement pour le candidat d’extrême droite. Ce sont les personnes dans c’est catégories sociales qui attendent le plus de l’Etat-Providence. Or, avec la crise économique, le chômage, la paupérisation, etc. la méfiance vis-à-vis des gouvernants grandis et l’on se laisse tenter par des solutions nouvelles, extrêmes…

A l’inverse les jeunes, les diplômés, les citadins, ont soutenu massivement le candidat écologiste. L’état d’esprit est ici totalement différent : les jeunes et les diplômés ont accepté les idée d’ascension sociale, de méritocratie. Ils essaient de se s’en sortir par eux-mêmes. Aussi, la déception vis-à-vis de l’Etat et des gouvernements traditionnels est moins grande.

Le risque de cette situation est une fracture, une division de la société trop importante. Lorsque les inégalités sont trop grandes, les troubles sociaux ne sont pas loin. Et puis il est du devoir des démocraties européennes de diminuer la souffrance des plus démunis et de faire participer les plus riches à l’effort commun.

L’irrésistible montée des populismes

Fondé en 1955 et regroupant dès son origine d’anciens nazis indésirables pour les autres partis, puis s’orientant vers le centre, le FPÖ à plusieurs fois participé au gouvernement du pays, en coalition avec le SPÖ de 1983 à 1986, puis avec l’ÖVP de 2000 à 2005. Cependant, depuis 1986 et jusqu’à son départ en 2005, Jörg Haider va réorienter le parti vers la droite nationaliste. La personnalité de ce leader va marquer profondément l’histoire du parti. Aujourd’hui encore, c’est sa ligne que suit l’actuel président, Heinz-Christian Strache. Ce disciple de Haider prend la direction du FPÖ en 2005 et contribue à son succès toujours plus grand, jusqu’aux récentes élections.

Le FPÖ à bâtit son combat sur la lutte contre l’islam, la lutte contre l’immigration et le nationalisme Autrichien. Depuis la crise des migrants, le parti excite les peurs des citoyens. L’on aurait tort de croire que l’Autriche n’est pas un pays d’immigration : en Carinthie et en Styrie (Lands Autrichiens), des familles d’Europe de l’est fuyant la pauvreté et la guerre se sont installées depuis plusieurs générations. C’est en réalité la combinaison de l’islam, des origines orientales et des coutumes nouvelles des migrants Syriens et Irakiens qui fait peur aux autrichiens.

Partout en Europe, on assiste aux mêmes peurs, aux mêmes désillusions. Les citoyens se détournent massivement des partis modérés pour les parti extrémistes et nationalistes. Si l’Europe, si les partis traditionnels s’entêtent à poursuivre la politique actuelle (fermeture des frontières, érosion de l’Etat-Providence, etc.), la situation sera bientôt intenable et le continent retrouvera les heures sombres de son histoire.

La résistance acharnée des “républicains”

Il faut tout de même féliciter les électeurs de M. Van der Bellen, qui se sont organisés et motivés pour voter dimanche dernier. Sans cette participation inespérée, il est probable que le FPÖ eu remporté les élections. Pour être précis, Norbert Hofer était donné gagnant d’une très courte avance dimanche soir. C’est le dépouillement des votes par correspondance (près de 10% de l’électorat) qui a changé la donne en faveur de l’écologiste.

En Europe également, les militants modérés s’activent pour limiter l’avancée de l’extrême droite. A chaque élection, alors que les scores des nationalistes s’accroissent de plus en plus, la force démocratique s’organise. Il manque d’ailleurs un mot pour nommer les modérés d’Europe. Pour répondre efficacement contre la montée des extrêmes, les européens doivent s’uni, travailler ensemble dans un combat commun pour la démocratie. Or, il faut un nom pour s’organiser. Le Républicanisme français est très diffèrent de la modération consensuelle allemande, par exemple.

Il s’agit plus que de défendre l’idée Européenne. Il s’agit de promouvoir un modèle de démocratie commun au continent. L’union continentale n’est en quelque sorte que la réalisation suprême de ce travail démocratique commun.

Une victoire en sursis

Certes les écologistes ont remporté l’élection présidentielle Autrichienne. Beaucoup, moi compris, se félicitent de cette victoire salutaire. Mais il ne faut pas oublier que l’extrême droite est au porte du pouvoir. Il se pourrait bien que le FPÖ remporte les législatives ou la direction de plusieurs Länder.

En Europe, c’est le même problème. Si le Front National n’est pas encore en mesure de remporter les présidentielles, si l’AfD en Allemagne n’est qu’une petite formation, si le Vlaams Belang en Belgique ne participe pas au gouvernement, tout peut changer très vite. Il faut compter sur la vigilance et l’ardeur des démocrates européens pour refouler les nationalismes.

Sources

Photo de couverture : Norbert Hofer et Alexander Van der Bellen. REUTERS/HEINZ-PETER BADER

[1] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/04/20/97001-20160420FILWWW00116-l-autriche-veut-stopper-le-flux-de-migrants-via-l-italie.php

[2] http://www.liberation.fr/desintox/2016/05/23/vu-d-autriche-le-chomage-n-est-pas-aussi-bas-qu-on-le-croit_1454579

La Tribune de Genève – «La défaite du FPÖ rassure, mais la poussée populiste demeure»

BFMTV.com – Autriche: quand le FPÖ de Jörg Haider dirigeait une région

Slate – Le FPÖ, la start-up politique qui surfe sur la crise identitaire de l’Autriche

Le Figaro – Autriche : l’extrême droite en tête au premier tour de la présidentielle

Challenges – Ce que dit l’élection autrichienne sur la montée de l’extrême droite en Europe

Libération – Vu d’Autriche, le chômage n’est pas aussi bas qu’on le croit

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